IRLANDE

Protection sociale & couverture santé

SOURCE EXCLUSIVE : CLEISS
Sources consultées et vérifiées en août 2026

L’Irlande dispose d’un régime général de protection sociale couvrant notamment la maladie-maternité, l’invalidité, la vieillesse, les survivants, les accidents du travail et maladies professionnelles, le chômage et les prestations familiales.

Son système de santé présente une particularité importante pour un expatrié français : l’accès aux soins publics repose principalement sur la résidence en Irlande et non sur l’exercice d’une activité professionnelle. Les soins sont principalement financés par l’impôt et organisés par le Health Service Executive (HSE).

Le niveau de prise en charge dépend toutefois fortement du statut du résident. Le système distingue notamment les personnes bénéficiant d’une Medical Card, donnant accès gratuitement à la plupart des services de santé, et les autres résidents, qui bénéficient d’une couverture publique mais doivent supporter davantage de dépenses.

L’Irlande étant membre de l’Union européenne, les mobilités professionnelles entre la France et l’Irlande bénéficient par ailleurs des règlements européens de coordination des systèmes de sécurité sociale.

1. Le système de santé irlandais

Les soins de santé relèvent du Health Service Executive (HSE). Ils sont principalement financés par l’impôt.

Pour bénéficier du système irlandais en qualité de résident, il faut être considéré comme « ordinarily resident », c’est-à-dire vivre en Irlande depuis au moins un an ou avoir l’intention de s’y installer pour une durée d’au moins un an.

Le système distingue deux grands niveaux de prise en charge.

La pleine éligibilité : Medical Card

La Medical Card permet de bénéficier gratuitement de la plupart des services de santé publics. Son attribution dépend principalement des ressources du foyer ou, dans certaines situations, de critères médicaux ou personnels.

Les titulaires bénéficient notamment de consultations gratuites auprès des médecins généralistes participant au service de santé ainsi que d’une prise en charge plus importante des autres prestations.

L’éligibilité partielle

Les résidents qui ne disposent pas d’une Medical Card restent couverts par le système public mais bénéficient d’une éligibilité partielle.

Dans ce cas, certaines dépenses restent directement à leur charge. C’est notamment le cas des consultations de médecine générale, sauf lorsque la personne bénéficie d’une GP Visit Card ou d’un autre dispositif ouvrant droit à leur gratuité.

Cette distinction est particulièrement importante pour un expatrié : résider en Irlande et bénéficier du système public ne signifie donc pas nécessairement disposer d’une prise en charge comparable à celle connue en France.

2. Quelle prise en charge ?

Médecin généraliste

Les consultations auprès d’un médecin généraliste sont gratuites pour les titulaires d’une Medical Card ou d’une GP Visit Card dans les conditions prévues par le système irlandais.

Pour les résidents bénéficiant uniquement de l’éligibilité partielle, les consultations de médecine générale restent en revanche à la charge du patient.

Soins hospitaliers

Les résidents peuvent accéder aux établissements publics dans le cadre du système de santé irlandais.

Le CLEISS distingue toutefois clairement le statut de patient public de celui de patient privé. Lorsqu’une personne choisit d’être admise à l’hôpital en qualité de patient privé, elle doit supporter les frais correspondant à cette prise en charge privée.

Le choix entre parcours public et recours au secteur privé constitue donc un élément important dans l’organisation de la couverture santé d’un expatrié.

Médicaments

Plusieurs dispositifs organisent la prise en charge des médicaments.

Le Drugs Payment Scheme permet aux résidents de plafonner les dépenses supportées pour les médicaments prescrits. Le dernier seuil actualisé mentionné par le CLEISS est de 80 € par mois et par personne ou famille depuis mars 2022. L’accès à ce dispositif n’est pas soumis à condition de ressources.

Les personnes souffrant de certaines affections de longue durée peuvent également bénéficier du Long-Term Illness Scheme, permettant la gratuité des médicaments nécessaires au traitement des pathologies concernées.

Soins dentaires

La prise en charge des soins dentaires est plus limitée.

Les titulaires d’une Medical Card peuvent bénéficier de certains traitements de base dans les conditions prévues par le système public. Les autres patients doivent en principe supporter eux-mêmes le coût de leurs soins dentaires, sous réserve de dispositifs spécifiques liés notamment aux cotisations sociales.

Le Treatment Benefit Scheme peut ainsi permettre, sous conditions de cotisations, la prise en charge de certaines prestations dentaires, optiques ou auditives.

Maladie et incapacité temporaire de travail

La prise en charge des soins doit être distinguée des prestations en espèces versées en cas d’arrêt de travail.

Pour les salariés remplissant les conditions d’assurance, l’Illness Benefit peut être versée en cas d’incapacité de travail. Le droit et la durée de versement dépendent notamment du nombre de cotisations sociales acquittées.

Selon la fiche CLEISS 2021, un assuré justifiant d’au moins 260 semaines de cotisations versées depuis le début de son activité peut bénéficier de l’Illness Benefit pendant une durée maximale de 2 ans. Entre 104 et 259 semaines de cotisations, la durée maximale est de 1 an.

3. Français en Irlande : détaché ou expatrié ?

Salarié détaché

Un salarié envoyé temporairement en Irlande par une entreprise établie en France peut, lorsqu’il remplit les conditions prévues par les règlements européens, rester soumis à la législation française de sécurité sociale.

Le détachement est en principe prévu pour une durée maximale de 24 mois. Le maintien à la législation française est attesté par le document portable A1.

Lorsque le salarié réside en Irlande pendant son détachement, le document portable S1 lui permet, lorsque les conditions sont réunies, de s’inscrire auprès de l’institution compétente de son État de résidence et d’y bénéficier des prestations en nature de l’assurance maladie.

Salarié expatrié

Lorsqu’un Français exerce durablement son activité professionnelle en Irlande sans bénéficier du maintien au régime français, il relève en principe de la législation irlandaise de sécurité sociale.

Pour les soins de santé, le critère de résidence occupe toutefois une place centrale : l’accès au système public dépend de la qualité de résident habituel (« ordinary residence ») et le niveau de prise en charge dépend ensuite notamment de l’éligibilité ou non à la Medical Card.

Cette particularité doit être clairement expliquée au client : affiliation sociale, résidence et niveau de prise en charge des soins ne se confondent pas nécessairement dans le système irlandais.

4. France–Irlande : coordination européenne

La France et l’Irlande appliquent les règlements européens de coordination des systèmes de sécurité sociale.

Ces règlements permettent notamment de déterminer la législation applicable à une personne qui travaille ou réside dans un autre État membre et d’organiser la continuité de certains droits sociaux.

Plusieurs documents européens peuvent intervenir selon la situation : A1 pour attester de la législation de sécurité sociale applicable, S1 pour l’inscription aux soins dans certaines situations de résidence dans un autre État, CEAM pour les soins médicalement nécessaires lors d’un séjour temporaire et S2 pour certains soins programmés préalablement autorisés.

La coordination européenne ne signifie toutefois pas que les systèmes français et irlandais deviennent équivalents. Les conditions d’accès aux soins, le niveau de participation du patient et l’organisation des secteurs public et privé restent ceux du pays dans lequel les soins sont reçus.

Pour un Français qui s’installe en Irlande, l’analyse doit donc porter à la fois sur son statut au regard de la sécurité sociale, son accès au système public irlandais et le niveau de protection complémentaire ou internationale correspondant à ses besoins.

5. Les autres protections sociales en Irlande

Protection Principes essentiels
Accidents du travail Les salariés sont obligatoirement couverts contre les accidents du travail, maladies professionnelles et accidents de trajet. Aucune durée minimale préalable d’assurance n’est exigée : il suffit d’être assuré au moment de l’accident. Le régime peut verser des prestations en cas d’incapacité temporaire ou permanente et des prestations aux survivants.
Invalidité La Invalidity Pension vise les assurés durablement incapables de travailler. Selon la fiche CLEISS 2021, elle intervient généralement après 12 mois d’indemnités maladie lorsque l’incapacité devrait durer au moins une année supplémentaire, ou plus tôt si elle est considérée comme permanente. Il faut notamment justifier de 260 semaines (5 ans) de cotisations, dont au moins 48 semaines payées ou créditées au cours de l’une des 2 années fiscales précédant la demande.
Retraite Le système comprend une pension nationale contributive fondée sur les cotisations PRSI et une pension non contributive sous condition de ressources. L’âge d’ouverture de la pension contributive est de 66 ans. Depuis le 1er janvier 2024, certaines personnes peuvent choisir d’en différer le versement jusqu’à 70 ans.
Chômage Le régime distingue une prestation contributive (Jobseeker’s Benefit) et une assistance sous condition de ressources (Jobseeker’s Allowance). Selon la fiche CLEISS 2021, le Jobseeker’s Benefit nécessite notamment au moins 104 semaines de cotisations depuis le début de la vie professionnelle, auxquelles s’ajoutent des conditions de cotisations récentes.

Pour une carrière France–Irlande

La France et l’Irlande appliquent les règlements européens de coordination des systèmes de sécurité sociale. Une personne ayant travaillé successivement dans les deux pays bénéficie donc de mécanismes permettant de préserver les droits constitués au cours de sa carrière.

En matière de retraite, les périodes d’assurance accomplies en France et en Irlande peuvent notamment être totalisées lorsque cela est nécessaire pour ouvrir un droit à pension.

Chaque État examine ensuite les droits acquis selon sa propre législation et verse la pension qui lui incombe. Une carrière partagée entre la France et l’Irlande peut donc conduire au versement de plusieurs pensions nationales correspondant aux périodes d’assurance accomplies dans chacun des pays.

Les règlements européens organisent également la coordination d’autres branches de la protection sociale, notamment l’invalidité et le chômage, selon les règles propres à chacune d’elles.

Pour un expatrié amené à travailler dans plusieurs pays européens, cette coordination est essentielle : les périodes d’assurance accomplies dans un autre État membre peuvent être prises en considération pour l’ouverture de certains droits, dans les conditions prévues par les règlements européens.

Sources

CLEISS – Fiche pays Irlande
Présentation de la protection sociale irlandaise et des règles applicables à la mobilité entre la France et l’Irlande.

CLEISS – Le régime irlandais de sécurité sociale des salariés (2021)
Organisation du régime, système de santé, maladie-maternité, invalidité, vieillesse, survivants, accidents du travail et maladies professionnelles, chômage et prestations familiales.

CLEISS – Cotisations en Irlande (2026)
Cotisations PRSI applicables du 1er janvier au 31 décembre 2026, classes d’assurance, cotisations des salariés, employeurs et travailleurs indépendants et Universal Social Charge (USC).

CLEISS – Système de santé et prestations maladie en Irlande
Conditions de résidence, Medical Card, GP Visit Card, éligibilité partielle, consultations médicales, hospitalisation, médicaments et soins dentaires.

CLEISS – Règlements européens de coordination des systèmes de sécurité sociale
Règles applicables aux mobilités France–Irlande : détermination de la législation applicable, détachement et coordination des droits en matière de maladie, invalidité, vieillesse, chômage et autres prestations sociales.